Bicéphale déménage

27/01/2014

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Nous sommes désormais passés sur un nouveau site. Rendez-vous dorénavant sur http://bicéphale.com

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Impo(t)pulaire ?

par Lili D

Voilà que j’ai (quasiment) quitté les sphères philosophiques pour m’intéresser au bas monde de l’argent, des riches et des puissants. En pleine tempête sur les nouvelles législations concernant l’impôt, je vais me lancer, pour vous lecteurs de Bicéphale, dans le monde obscur des traders grecs et romains, pour vous montrer ce que l’on peut retirer du rapport antique à l’argent, à la richesse et à la citoyenneté.

Monnaie

L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue : vision de la richesse dans l’Antiquité

Chez les grecs comme chez les romains, et j’imagine comme dans chaque société organisée, il existe des disparités de richesses phénoménales. Entre les marchands qui gagnent quelques sesterces par jours et les sénateurs qui devaient posséder au minimum un million de sesterces pour pouvoir prétendre à leur rang sénatorial, la différence est grande. Cependant, si posséder de l’argent est valorisé, on peut remarquer que dans les deux civilisations, gagner de l’argent est considéré comme une dégradation : il s’agit de sociétés de noblesse, et pas vraiment de sociétés bourgeoises. Ceux qui sont obligés de travailler pour gagner de l’argent n’ont alors pas la dignitas, la noblesse nécessaire pour faire partie du beau monde. Les parvenus, s’ils sont enviés par certains, sont surtout critiqués et moqués : voyons l’exemple de Trimalcion, le (très) riche affranchi du roman de Pétrone, le Satyricon. Après avoir été esclave, il a amassé un pécule suffisant pour acheter sa libération mais est resté auprès de son maître qui a fait de lui son héritier. Possesseur d’une fortune colossale, il invite les héros du roman à un festin gargantuesque à vous dégoûter de manger pendant quelques jours, et fait étalage de sa richesse et de sa pseudo-culture. Entouré d’esclaves qui n’attendent qu’une chose, sa mort, il veut épater la galerie à travers une mise en scène artistique et contrôlée. Mais malgré sa fortune, il passe pour ridicule dans la société romaine et n’est apprécié que des parasites désargentés, car il est évident qu’il n’a pas eu une éducation digne d’un citoyen romain : il se vante de n’avoir jamais assisté aux leçons des philosophes. Ainsi, les grosses fortunes de Rome liées à un enrichissement progressif sont considérées avec mépris, ce qui est parfois le cas de nos grandes fortunes actuelles notamment lorsqu’elles ont été acquises de façon douteuses. La verve de Trimalcion pour défendre sa dignité face aux citoyens méprisants rappelle parfois quelques interview fracassantes de Bernard Tapie, pour ne citer que la partie émergée de l’iceberg.

Selon les philosophes stoïciens, et vous sentez pointer ici mon cher Sénèque, l’argent n’est pas un bien nécessaire au bonheur : il est égal pour un riche sage de perdre du jour au lendemain toute sa fortune. Cependant, Sénèque reconnaît (il est tout de même le plus grand usurier de son époque) que si l’argent ne fait pas le bonheur, en avoir un peu n’est pas désagréable : inutile donc pour être un sage de se dépouiller de ses biens, de se balader à moitié nu, ou de vivre dans un tonneau comme le faisait notre ami Diogène. Or si on peut dire que l’argent ne doit pas avoir d’influence directe sur le bonheur des hommes, il faut bien voir sa forte implication dans le domaine politique.

Bon appétit messieurs ! : argent et politique, corruption et intégration des citoyens

Les citoyens, à Rome, sont répartis dans des classes censitaires en fonction de leurs richesses, ce qui leur donnait droit à certaines prérogatives. Ainsi, sous Auguste, on a vu que pour devenir sénateur, il fallait posséder 1 million de sesterces. On pourrait  alors crier au scandale en disant, que ce système est absolument inégalitaire, que c’est une oligarchie réservée aux plus riches… Ce qui n’est pas tout à fait exact. Certes, lors des votes de décisions, le sénat avait la prépondérance, et lorsque les comices (assemblées populaires) votaient, on commençait par les classes les plus riches, qui contenaient moins de personnes, jusqu’à obtenir une majorité, ce qui faisait que les plus pauvres ne votaient quasiment jamais. Cependant, il existait pour le peuple des formes de contre-pouvoir, notamment un magistrat nommé le tribun de la plèbe, qui comme son nom l’indique représentait les plus pauvres, et comme son nom ne l’indique pas avait des pouvoirs très importants, notamment le droit de veto, l’intercessio, vis-à-vis des décisions du sénat. Il y a donc une forme d’équilibre – instable certes – entre le pouvoir des plus riches et celui des plus pauvres, ou tout du moins une volonté de ramener les forces à un déséquilibre moins flagrant.

En Grèce – une fois n’est pas coutume, allons voir ce qui se passe chez les grecs – et plus particulièrement dans la démocratie athénienne, les différences de richesses ne sont pas prises en compte pour l’attribution des droits politiques, notamment le droit à la parole dans les assemblées, nommé l’iségoria (iso signifie même, comme dans un triangle isocèle, et le verbe agoreuô veut dire parler). De même, riches comme pauvres peuvent siéger dans les principales assemblées, puisque les postes sont tirés au sort et non attribués par vote ou cooptation. Ce système apparaît comme le plus juste qui soit, même si en pratique il pose le perpétuel problème de la compétence des hommes choisis pour exercer une fonction.

Ce qui est peut-être le plus intéressant dans la démocratie athénienne, c’est qu’un homme qui entre en charge doit se soumettre à une évaluation de fortune, qui a lieu également à sa sortie de charge. On a vu il y a quelques temps déjà certains ministres et députés faire étalage de leur patrimoine. Fort bien. Les grecs, eux, interdisaient aux magistrats le moindre enrichissement lorsqu’ils accédaient à une fonction de l’État. Quiconque s’enrichissait pouvait être soumis à de fortes amendes ou à des peines plus conséquentes. Voilà qui met en lumière l’inanité du débat sur le salaire des députés et autres magistrats, et permettait en Grèce d’essayer d’empêcher la corruption : les hommes d’État ne devaient pas entrer en charge pour de l’argent, mais pour servir la cité. Certes, tout n’était pas rose comme en témoignent les procès intentés pour enrichissement plus ou moins subversif, mais au moins les grecs ne pinaillaient pas sur le montant alloué à leurs magistrats.

Taisez-vous, mécène que vous êtes : vers une économie du partage ?

Restons encore un peu chez les grecs, et voyons à présent comment ils gèrent leurs impôts. Les principales taxes de la cité sont réparties entre les citoyens les plus riches qui doivent financer la construction des navires de guerre (trières), le théâtre, qui est une institution d’État, l’entretien des gymnases etc… Ces taxes, appelées liturgies, étaient réservées aux plus riches : il pouvait même y avoir des procès dénonçant la plus grande richesse d’un autre particulier, qui aurait dû payer les taxes et en avait été exempté. On voit donc que ce sont les plus riches qui participent au financement public, ce qui bien sûr ne gomme pas les inégalités de richesse mais permet aux plus pauvres d’aller au théâtre gratuitement.

Revenons à Rome. C’est une action un peu similaire qui a lieu avec ce que l’on appelle l’évergétisme, merveilleusement analysé par Paul Veyne dans son ouvrage Le Pain et le Cirque, d’après la formule panem et circenses. L’évergétisme consiste pour les hommes riches, désirant obtenir une forme de reconnaissance publique, ou acquérir tout simplement la renommée, à payer des jeux du cirque ou des divertissements en général, ainsi que des distributions frumentaires pour les plus pauvres. L’évergétisme devient presque une institution officielle : si elle reste le fait de particuliers fortunés, il est très mal vu pour un général triomphant de ne pas offrir de jeux glorieux au peuple de Rome. On voit là encore que ce sont les plus grandes richesses, (intéressées certes, mais ne le sont-elles pas toujours), qui financent en partie le divertissement populaire.!quand on voit que de nos jours, de grandes fortunes à la tête de grands organismes de presse (cf le groupe Lagardère) décident de lâcher ces magazines car la version papier n’est pas assez rentable, il y de quoi se dire : « Mais où va le monde ? » ou plutôt comme disait Cicéron « O tempora, o mores ! ».

Petite précision finale : je sais que je ne peux m’empêcher de vous dresser un tableau idyllique de la Rome et de la Grèce antiques, mais enfin il faut que je me fasse violence pour nuancer cette position. Non, les romains n’avaient pas tout compris et je ne conseille pas à notre premier ministre de décider le retour aux sesterces. Car si vous lisez assidûment mes articles, ce dont je ne doute pas, vous vous souviendrez peut-être que la guerre civile du premier siècle avant J-C a débuté en partie à cause du poids trop important de la fiscalité de guerre. En effet, les romains ont, en -167, eu la formidable idée d’abolir pour les citoyens romains le tributum, l’impôt levé pour les guerres. Sauf qu’il fallait bien continuer à financer l’armée, et donc la totalité de cet impôt s’est trouvé reporté sr les alliés de Rome, ou plus clairement sur les peuples colonisés par Rome. Or je ne pense pas qu’une politique colonialiste en vue de faire payer nos impôts aux dominés soit actuellement la meilleure des idées pour notre gouvernement. Mais enfin, peut-être qu’en ces temps de xénophobie exacerbée y a-t-il parmi vous quelques lecteurs néo-colonialistes qui trouveront cette « solution » fantastique ?

Image Sacra Moneta

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Je prépare une sécession

par Igor Myrtille

Je prépare une sécession

Le site d’Igor

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Projet de Constitution Européenne

L’Europe, République fédérale? Dans un avenir fictif (?), le jeune Alexandre Marin poursuit l’idée d’intégration européenne, et propose un projet de Constitution pour un pays bleu à douze étoiles. Aujourd’hui, préambule et titre préliminaire.

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Préambule

Les peuples européens proclament solennellement leur désir :

  • De garantir à tous les citoyens de l’Union européenne le respect et la promotion de l’exercice des Droits Fondamentaux, ainsi que des institutions, cultures, traditions et langues, qu’elles soient nationales, régionales, ou locales.
  • De garantir une coexistence démocratique au sein de la Constitution et de lois conformes à un ordre économique social et juste.
  • De promouvoir le progrès culturel et économique afin de garantir à tous les citoyens une qualité de vie digne.
  • De collaborer dans le renforcement de relations pacifiques et de coopérations efficaces entre tous les peuples de la terre.

Par conséquent, les Chambres approuvent et les citoyens ratifient la présente Constitution.

Titre préliminaire

Article premier :

  1. L’Union européenne est une République fédérale, démocratique, laïque et sociale. Elle assure comme valeurs supérieures de son ordre juridique la Liberté, la Justice, l’Egalité de tous les individus, et le pluralisme politique.
  2. Tous les traités antérieurs sont dérogés par la présente Constitution.

Article 2 :

  1. La souveraineté de l’Union réside dans l’ensemble des citoyens qui l’exercent par leurs représentants et par la voie du référendum, et desquels émanent les institutions et les pouvoirs de l’Etat.
  2. Aucun individu ou groupe d’individus ne peut s’attribuer seul l’exercice du pouvoir.
  3. Le suffrage est universel, égal, et secret.
  4. Sont électeurs, dans les conditions déterminées par une loi organique, tous les citoyens de l’Union européenne majeurs, des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.

Article 3 :

L’Union européenne, ainsi que ses Etats membres ont l’obligation absolue de défendre les Droits Fondamentaux des individus tels qu’ils sont définis par la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne à laquelle la présente Constitution octroie un rang constitutionnel.

Article 4 :

La Constitution se fonde sur l’indissoluble unité de l’Union européenne, patrie commune des Européens, et reconnaît, et garantit le droit à l’autonomie aux Etats et aux régions membres qui la composent.

Article 5 :

  1. L’Union européenne dispose de 24 langues officielles. Les citoyens ont le droit d’utiliser chacune d’elles dans tous les Etats membres de l’Union.
  2. La Constitution octroie un rang constitutionnel à la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Ces langues sont officielles dans leurs régions ou provinces respectives.

Article 6 :

  1. Le drapeau de l’Union européenne est composé de douze étoiles jaunes qui forment un cercle sur un fond bleu.
  2. Chaque Etat ou région membre a le droit de se doter d’un drapeau qui pourra être représenté à côté du drapeau de l’Union, dans les établissements publics et dans les actes officiels.

Article 7 :

  1. L’hymne officiel de l’Union est l’hymne à la joie. Sa devise est « Unis dans la diversité ».
  2. Chaque Etat ou région membre a le droit de posséder son propre hymne officiel et sa propre devise, indépendamment de celle de l’Union.

Article 8 :

La capitale de l’Union européenne se situe à Bruxelles.

Article 9 :

  1. Les partis et groupes politiques traduisent la pluralité politique, et concourent à l’expression de la volonté citoyenne et du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement, dans le respect de la Constitution et de la loi. Leur fonctionnement et leur structure interne doivent êtres démocratiques et transparents.
  2. Une loi organique garantit la participation équitable des partis et groupes politiques à la vie démocratique de l’Union.

Article 10 :

  1. Les forces d’intervention et de défense armées de l’Union se composent de l’armée de terre, de la marine, et de l’aviation militaire. Leur mission est de garantir l’indépendance et la souveraineté de l’Union, de défendre l’intégrité de son territoire et son ordre constitutionnel.
  2. Une loi organique règlera les bases de l’organisation militaire conformément aux principes de la présente Constitution.

Article 11 :

  1. Les citoyens et les pouvoirs publics sont soumis à la Constitution et au reste de l’ordre juridique.
  2. Les pouvoirs publics, fédéraux, nationaux, et régionaux ont le devoir de développer les conditions pour que la Liberté et l’Egalité des individus et des groupes dans lesquelles ils s’intègrent soient réelles, effectives, de faciliter la participation de tous les citoyens à la vie politique, économique, culturelle, et sociale, et d’éliminer tous les obstacles qui pourraient l’empêcher ou la rendre plus difficile.
  3. La Constitution garantit l’application des principes de légalité, de subsidiarité, de proportionnalité, de compétence, de la hiérarchie normative, de la publicité des normes, de la non-rétroactivité des dispositions non favorables ou limitant un droit fondamental, de la sécurité juridique et de la responsabilité et interdiction de l’arbitraire des pouvoirs publics.

Article 12 :

  1. Les droits reconnus dans l’article 7, les alinéas 1 et 2 de l’article 8, et l’article 45 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne pourront être suspendus lors de la déclaration de l’état d’exception, dans les termes expressément prévus dans la Constitution.
  2. Une loi organique détermine la forme et les cas dans lesquels, de forme individuelle, et avec la nécessaire intervention judiciaire et le contrôle parlementaire, les droits reconnus dans les articles mentionnés à l’alinéa précédent pourront être suspendus pour des personnes déterminées, en vertu d’enquêtes sur l’action de bandes criminelles organisées.

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Mondanités

Par Meissonnier L’oiseau

Mondanités

Meissonnier L’oiseau

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Surveiller et Punir, pour une archéologie #2

par Ludovic Berton, lecture de Surveiller et Punir de Michel Foucault #2

S&Punir II

Des supplices à la punition

L’analyse de Foucault débute par un constat : à partir de la seconde moitié du dix-huitième siècle, tout ce qui s’apparente, de près ou de loin, à un spectacle punitif, à une douleur physique, est « affecté d’un indice négatif (1) ». Beccaria s’indigne : « L’assassinat que l’on nous représente comme un crime horrible, nous le voyons commettre froidement, sans remords2 ». Indignation à laquelle fait écho, plus tard, en mars 1832, la préface au Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, qui souligne également cette contradiction : « Nous nions que le spectacle des supplices produise l’effet qu’on en attend. Loin d’édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu » ; et de conclure que la disparition du bourreaux nous fera regarder le crime « comme une maladie » qui « aura ses médecins qui remplaceront vos juges, ses hôpitaux qui remplaceront vos bagnes. La liberté et la santé se ressembleront. On versera le baume et l’huile où l’on appliquait le fer et le feu. On traitera par charité ce mal qu’on traitait par la colère. Ce sera simple et sublime ». On ne supporte plus de voir ces corps meurtris, expirants entre les mains des bourreaux. Alors qu’en est-il : peut-on se contenter de proclamer avec force d’évidence, et dans le giron des « réformateurs » du siècle des Lumières, les progrès manifestes de la raison humaine ? Est-ce là le signe de l’histoire universelle, dont les événements s’enchaîneraient selon les suites logiques d’une sage causalité ? La conscience universelle serait-elle entrée dans une sorte de dimanche de l’Histoire ? Rien n’est moins sûr. Et ce sont précisément ces illusoires évidences idéologiques que Foucault s’attache à mettre en péril. Derrière le rideau, le jeu à la fois puissant et subtil, discret mais tenace, des relations de pouvoir.

En effet, les supplices et la réclusion ne s’excluent pas mutuellement, comme une contradiction logique. Il ne s’agit pas non plus de « progrès ». La vérité est plus tragique,  sans pour autant être cynique : le passage d’une justice à une autre, donc à une nouvelle « rationalité punitive », est l’indice d’un profond bouleversement dans l’organisation du pouvoir. En effet, sous l’Ancien Régime, le faste punitif est porteur d’une fonction juridico-politique. Dans la mesure où il y avait identité entre le souverain et la loi, attaquer la loi c’était attaquer le souverain en sa personne propre. Par conséquent, la justice était assimilée à une forme de vengeance. D’où la fureur du souverain sur le corps du condamné. Ainsi le supplice ne rétablissait pas la justice ; il réactivait le pouvoir, précisément parce que « Dans toute infraction, il y a un crimen majestatis, et dans le moindre des criminels un petit régicide en puissance». Au siècle des Lumières, en revanche, l’émergence de la théorie rousseauiste du « contrat » fait du citoyen un être « juridiquement paradoxal », qui s’oblige envers les autres et envers lui-même ; et, par conséquent, s’il rompt cette double obligation morale en commettant un crime, il est d’emblée considéré comme un « monstre », mis à l’écart, et, pour les cas récupérables, redressé et réintégré au corps social. Or, la théorie du contrat, nous dit Foucault, est la reprise philosophique d’un mouvement de redéfinition interne à la technologie du pouvoir de punir. Par conséquent, la réforme pénale s’opère sur la toile de fond d’une réorganisation d’ensemble du pouvoir. Elle répond, pour être plus précis, à une nouvelle « économie politique » : « constituer une nouvelle économie et une nouvelle technologie du pouvoir de punir : telles sont, sans doute les raisons d’être essentielles de la réforme pénale au dix-huitième siècle».

Dans les deux cas que nous venons d’évoquer, il faut souligner deux points communs : premièrement, comme nous le disons, on observe une liaison entre système pénal et organisation du pouvoir (la justice n’est pas « indépendante » du pouvoir) ; deuxièmement, le corps est toujours le point d’application de l’art de punir. Seule la manière change. Tantôt martyrisé, tantôt redressé. Mais même si la punition-spectacle laisse la place à une « pénalité de l’incorporel», si le corps n’est plus un simple substrat matériel dans lequel viendra mordre le pouvoir, mais un sujet juridique, un « cas » objet d’un certain savoir, susceptible d’être dressé, rééduqué, et, ultimement, réinséré dans la société civile, c’est le corps physique qui est touché en dernière instance, puisqu’on attend de lui une certaine conduite. Le pouvoir change d’objet. Il ne porte plus directement sur le corps physique, mais sur l’âme, pour utiliser les mots de Mably. Cela consiste alors en une politique de la représentation : « L’esprit comme surface d’inscription pour le pouvoir, avec la sémiologie pour instrument ; la soumission des corps par le contrôle des idées». En fonction de quels objectifs le corps est-il investi d’une technologie du pouvoir ?  C’est cette sémiotechnique des punitions, ce pouvoir idéologique qui, pour une part au moins, va rester en suspens et sera relayé par une nouvelle anatomie politique où le corps, à nouveau, mais sous une forme inédite, sera le personnage principal. 

Le redressement, simple marqueur de l’évolution des investissements politiques du corps

Le redressement, comme nous l’avons vu, et, plus tard, la détention pénitentiaire, succèdent au supplice sans pour autant s’y opposer. Ce n’est pas un « progrès » mais une nouvelle forme de rationalité punitive, qui répond à une réorganisation du pouvoir, à une nouvelle « économie politique ». C’est cette nouvelle forme d’organisation qu’il va falloir connecter à la question du corps. On pourra alors lire l’histoire des châtiments à l’aune des investissements politiques du corps, comme une microphysique des corps : «On peut sans doute retenir ce thème général que, dans nos sociétés, les systèmes punitifs sont à replacer dans une certaine « économie politique » du corps : même s’il ne font pas appel à des châtiments violents ou sanglants, même lorsqu’ils utilisent les méthodes « douces » qui enferment ou corrigent, c’est bien toujours du corps qu’il s’agit – du corps et de ses forces, de leur utilité et de leur docilité, de leur répartition et de leur soumission9.» La réflexion de Foucault débute par le constat du lent crépuscule de la punition-spectacle, marqué par l’abandon de divers appareils présents dans le système punitif, comme la suppression de l’amende honorable, d’abord en 1791 puis, une nouvelle fois, en 1830, ou par l’interdiction du pilori en 1789 ; mais porte aussi sur les critiques qui commencent à poindre, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, comme celle de Beccaria, en 1764,  condamnant le rite punitif en vigueur sous l’Ancien Régime, sous prétexte que le crime que l’on condamne se voit réitéré, mais froidement cette fois, sous les rouges moignons de la guillotine. Ce sont les rouages des changements profonds de la pénalité, ce passage du supplice à une détention systématique, réglée et minutieuse, que Michel Foucault se propose de dépeindre. Comment et pourquoi la divine comédie des supplices physiques et publics laisse-t-elle place à l’exécution discrète, instantanée, au fond d’une cour à l’aube, puis à la peine silencieuse, effectuée loin des regards, dans l’ombre des cellules ? Comment penser ce lent processus d’« enfouissement bureaucratique», où, comme le dit Deleuze, «le rouge sur rouge des supplices» accuse un morne dégradé vers le « gris sur gris de la prison» ?

crédit : Banksy

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“Le débat sur le dépistage du cancer du colon est un puits sans fond”

par Jopé & Jourdain de Troie
photoJopé et Jourdain de Troie sont les invités de l’interview croisée de la semaine. Nous sommes allés à leur rencontre. Les propos tenus ici n’engagent que Paul Personne.

Quelle est votre sentiment sur la situation actuelle ?

Jourdain de Troie – Je suis personnellement bien assis. Votre micro m’impressionne pas mal. Et que dire de votre maquereau…

Jopé – Aléatoire, mon cher Watson.

…À Toire ? Pourquoi donc ?

Jopé – C’est un village côtier assez plaisant. En particulier au coucher du seul œil. Mais je ne m’épancherai pas sur la question de l’extrême droite.

Comment jugez-vous la campagne électorale pour les municipales ? En particulier, que pensez-vous de la politique du logement et de l’accès à la propriété : l’équilibre de la municipalité est-il respecté?

JdT – Partiellement. À titre personnel, j’ai un peu de mal à accepter qu’un petit chien moustachu soit propriétaire des 4 gares de la ville. C’était le risque. Cet appel d’offre généralisé n’avait pas de raison d’être. Rendez-vous compte : seulement cinq propriétaires sur toute la ville! La grande responsabilité de l’équipe sortante, c’est tout simplement d’avoir permis à cinq accapareurs de prospérer. Je pèse mes mots! Cinq accapareurs, c’est beaucoup trop! Et ne jouez pas la fausse sceptique !

Jopé – Et avec cinq accras par heure, on a vite fait de changer de régime. Mais je ne m’épancherai pas sur la question de l’extrême droite.

Les promesses en matière de transports ont-elles été tenues ?

Jopé – En partie. La vraie solution, c’est de ne plus prendre la voiture. Prenons le chapeau, le fer à repasser, même le petit chien s’il le faut !

JdT – De même, si la carte Navigo était remplacée par une carte Chance, il y aurait peut être moins de retard sur nos lignes.

Paris était auparavant une ville fortement segmentée : ethniquement, politiquement…La sociologie par quartier est-elle plus favorable à la mixité ?

JdT – Absolument pas. Comment expliquer que tous les Jaunes soient cantonnés à trois rues ? De même, comment accepter que les Rouges soient tous concentrés autour de la Caisse de Communauté. Ils attendent quoi ?

Jopé –  De se tirer la bouteille deux par Dieu et de se barrer en Russie…

JdT – À propos de Gérard, moi aussi j’annonce par voie de presse que je revends mon appartement. En guise d’annonce je ne préciserais que ceci : c’est un bon appart, rue Napoléon, 75013 Paris.

Jopé – C’est audacieux…

Jdt – Je suis un parieur fou. Mais je suis persuadé que sur ces 75013 chances de gagner, je serai au mois couronné d’un succès.

En parlant de couronnes, que pensez vous de la polémique sur le coût des soins dentaires?

Jopé – Ce n’est pas tant aux dentistes qu’il faut s’adresser qu’à la Petite Souris. C’est elle la plaque tournante de tout cet argent. Quand on voit le nombre de dents arrachées par jour… Mais enfin, bien sur, les dentistes ont leur part de responsabilité, avec leurs histoires de blanchiment…

JdT – Justement, je suis intimement persuadé que Bernard Tapie est impliqué dans les réseaux de blanchiment organisés par la Petite Souris. Sinon pourquoi parlerait-on de « Tapie à Souris » ? (il imite un mulot cendré, ndlr)

Que pensez-vous de l’avortement?

Jopé – Je suis contre, ça m’inquiète, tous ces enfants qui se feront traiter d’avortons dans les cours des écoles…

JdT – Ce débat est stérile.

Et à propos de l’euthanasie, quelque chose à ajouter?

Jopé – Ce débat est ennuyeux à mourir.

… Le dépistage du cancer du colon?

Jopé – Ce débat est un puits sans fond.

JdT – … La « Déclaration d’Indépendance » est de loin la manifestation la plus évidente du cancer du colon. J’assume ce propos. Je me fous du Gandhi Raton.

Parfois je regarde le ciel et je vois la vie telle qu’elle est vraiment, et vous?

Jopé – Non.

Messieurs, merci pour cette interview croisée.

Ensemble – Vive la papauté !

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