Travail Dominical : de l’hypocrisie du débat public

par NathR

 

Depuis quelques jours, un débat est né au sein de notre société. Un débat qu’une décision de justice a initié. Ou plutôt qui a été initié par le refus d’appliquer cette même décision de justice : je veux parler du travail dominical. Jeudi dernier, le 26 septembre 2013, le tribunal de commerce de Bobigny interdisait l’ouverture des magasins Castorama et Leroy-Merlin d’Ile-de-France le dimanche. Dans la foulée, les directions respectives des enseignes annonçaient leur intention de braver l’interdiction, ce qu’elles ont fait.

Ce refus d’appliquer une décision de justice a tout de suite reçu la caution d’un certain nombre de salariés qui ont défilé lors des JT (pour une fois que des salariés y apparaissent sans brûler des pneus ou casser des sous-préfectures) pour défendre leur liberté de travailler, notamment le dimanche. Dès lors, la machine à faire travailler s’est mise en marche. L’idée d’un droit inaliénable des salariés à travailler quand ils le souhaitent a fait son bonhomme de chemin dans la tête de nos concitoyens. Les plus virulents ont dénoncé ces syndicats archaïques, si éloignés des préoccupations des salariés qu’ils sont censés représenter qu’ils s’opposent à leur volonté de travailler le dimanche. Les plus modérés se sont contentés d’un haussement d’épaule : ma foi, s’ils veulent travailler le dimanche, c’est leur problème, qu’on leur en laisse la possibilité.

Alors, qu’en est-il de cette liberté de travailler le dimanche ? Cela mérite de se pencher sur la question. Je ne sais pas vous, mais quand je discute au quotidien avec mon entourage (famille, amis, camarades de classe, …), je n’ai pas vraiment l’impression que, comme ça, d’eux-mêmes, spontanément, ils aient un désir très prononcé de travailler le dimanche (et le week-end de manière générale). C’est même plutôt le contraire, et ce malgré l’intérêt réel (si si !) qu’ils ont pour leur travail. Alors, peut-être faudrait-il s’interroger sur la raison pour laquelle certains de nous revendiquent aujourd’hui leur droit à travailler le dimanche. Je dis bien revendique : il ne s’agit pas de salariés touchant des dessous de tables du patronat pour mener à bien le lobby en faveur du travail dominical. Non, ce sont juste des salariés comme il en existe tant d’autres, des salariés qui ont une paie relativement modeste et qui, par ces temps de crise économique, de récession, de restriction budgétaire, peinent à boucler leurs fins de mois. Et puis ce sont aussi des étudiants, qui profitent des jours libres dont ils disposent pour se faire quelques sous afin de financer leurs études, leurs logements et aussi leur vie d’étudiant (quelques sorties avec les amis, des voyages, etc.). Bref, ce sont des personnes à qui la promesse d’un doublement du salaire horaire le dimanche fait les yeux doux. Et on peut parfaitement le comprendre.

Dans ce contexte, certains veulent donc faire passer ceux qui s’opposent au travail dominical pour ceux qui empêcheront ces salariés d’améliorer leur quotidien et leur interdisant de travailler le dimanche. Sauf que voilà : autoriser les gens à travailler le dimanche sous prétexte que ça leur permet d’augmenter leur pouvoir d’achat est une hypocrisie bien utile qui détourne l’attention d’autres solutions bien différentes. En effet,

l’augmentation des salaires pour les salariés « conventionnels » et l’élargissement du nombre de bénéficiaires des bourses chez les étudiants (ainsi que l’augmentation du montant de ces dernières) serait aussi un moyend’améliorer le quotidien de ceux qui, actuellement, souhaitent travailler le dimanche, par nécessité. Et tout le monde serait d’accord avec ses mesures. Sauf bien sûr les employeurs, véritables initiateurs du débat sur le travail dominical, qui, avec la complicité (inconsciente ? quand on voit la caricature de Plantu publiée dans Le Monde ce lundi 30 septembre, le doute est permis) des principaux médias, sont sur le point de réaliser leur grand fantasme : un nouveau corporatisme harmonisant (facticement) les relations employeurs-salariés dans un même idéal libéral. Car ce débat qui envahit nos postes de télévision, de radios, nos journaux et autres supports d’informations, ce débat n’est qu’un chiffon rouge agité intentionnellement afin de nous détourner de revendications sociales d’un tout autre acabit et qu’une revalorisation du SMIC de 2% en juillet 2012 n’a pas satisfaites. Ce débat n’a pas d’autre intérêt que de faire passer une belle régression sociale en douceur, comme on prend un médicament dégueulasse dilué dans un verre de jus d’orange pour en masquer le goût.

Qu’en est-il donc de cette soi-disant liberté de travailler le dimanche ? Pour paraphraser le texan moyen prenant le soleil dans son ranch : bullshit !

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Plantu dans “Le Monde”

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