Le Dormeur Duval

par Jopé

rosshamiltonfrew

Chroniques d’un Plus Jamais.

Ca doit bien faire ∆ ans, que je vis ici.

Avant, j’étais employé, employé, employé, et à force d’employer le mot employé, je le sens ployer comme un poirier raté, ou bien un peuplier, mais si le peuple y est c’est qu’il y a bien une raison. Moi en tout cas, je n’y suis plus. De toute façon je ne m’y suis jamais plu, il n’y avait plus que ça à faire, faire mes affaires et déguerpir. A l’époque j’avais peur des guêpes, et pire, des pirates. Mais je divague, et je ne suis plus que l’écume de moi-même à force de boire.
C’est pas comme si j’avais soif en plus. Ici l’eau est sale, mais on s’y fait. On s’y fait. Et aussi fou que cela puisse paraître, de l’eau si floue on se la puise pour être. Et avoir.

Avant j’avais. Une femme. Je l’aimais bien, elle était belle comme une bouteille à l’amer. Je n’ai pas aimé quand elle a sauté du pont. Pourtant Dupont, mon patron, était un chic type. J’aimais bien la manière qu’avait son sang de se répandre sous sa chemise blanche. A couper le souffle. Il attirait les femmes et a tiré la mienne, je lui ai tiré mon irrévérence et une balle dans le foie.

Infidèle, infidèle. Un fidèle, j’en connais un. Toujours à côté de moi, un gentil toutou. Et deux fois Tout, c’est quand même beaucoup mieux que Rien. En plus, Rien n’est plus comme avant, je ne le reconnais plus, je crois qu’il a changé. Du tout au tout. Un gentil clébard.

La clé du bar, je ne l’ai plus, je l’ai perdue avec ma dignité. Je m’en fous, je ne m’en servais plus. Être digne digne, c’est pour les cloches. De Noël, celles du père Monfils, un saint esprit cet homme. Il m’amène du pain et du vin, que mes bourses un peu réduites ne peuvent me fournir ANYMORE. ANYMORE. PLUS JAMAIS. Plus j’aimais, moins j’allais. Et venait. Je restais coincé. Comme avec un étau, sur mes côtes. Pire que la camisole. La chimique, celle qui fait pousser des yeux dans la tête et des cicatrices sur le front. Regarde, tu les vois? Oui, sur le front, première ligne, Algérie, un éclat d’obus.

Je divague.

J’ai la dalle.

Littéralement, la dalle, celle en béton.
Je l’ai et j’en suis fier. Je suis bien content de pouvoir dormir dessus, car avant cela les aspérités du sol ne m’inspiraient aucun somme. Maintenant je dors. Bien. Tellement que je pense sincèrement ne pas être capable de me réveiller. J’ai essayé, plusieurs fois, mais rien n’y fait.

Ça doit bien faire ∆ ans, que je dors ici.

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