L’économie, cette science molle #1

par Pierre Lebeau 

Ce que change la baisse des taux directeurs de la BCE

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La science économique est souvent présentée par ses ambassadeurs (pas forcément ceux qui la servent le mieux) comme une science, que l’on peut dès lors formaliser ou figer dans des modèles, dans l’optique d’analyser la réalité des échanges mais aussi de prévoir l’évolution de grands agrégats, et particulièrement l’évolution de la sacrosainte croissance.  Cela dit, s’il est vrai qu’il existe de véritables relations mécaniques ou de grands principes économiques, ce serait une erreur que de vouloir faire d’une telle discipline une science dure.

L’économie a en effet ses propres raisons que la raison même ignore, car elle est avant tout une discipline plaçant en son centre l’homme, avec tout ce qu’il a d’imprévisible, d’irrationnel, de passionnel.

Le présent article va essayer – sans prétention – de vulgariser la « science économique » à travers l’exemple de la baisse du taux directeur par la BCE.La nouvelle est tombée le 7 novembre dernier, la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de faire passer son principal taux directeur de 0,5% à 0,25% ce qui constitue son point le plus bas depuis que la BCE existe en 1998. S’en sont suivies un tas de déclarations des représentants institutionnels et des gouvernements qui ont approuvé un tel geste allant dans le sens d’une reprise économique qui selon Mario Draghi, actuel directeur de la BCE reste « une reprise faible, fragile et inégale » qu’il convient de conforter.

 La BCE pour les Nuls

 Une institution unique en son genre

La BCE tout en haut de la pyramide du dispositif bancaire européen. C’est donc elle qui est chargée d’émettre l’euro et de fixer les grands axes de la politique monétaire. Les États se sont en effet dessaisis de ces prérogatives régaliennes dans un souci d’intégration et de coopération européenne. Le traité de Maastricht qui initie l’existence de l’institution s’inspire grandement des préceptes monétaristes. Maastricht confie deux choses à la BCE

–      le contrôle de l’inflation : les prix ne doivent pas augmenter de plus de 2% (seuil conventionnel). L’institution a un mode de fonctionnement assez proche de la Bundesbank, Banque centrale allemande.

–       l’indépendance vis-à-vis des gouvernements dans l’exercice de cette mission, à l’instar de la FED (Réserve Fédérale des États-Unis);

Il est donc à noter que la BCE est bâtie sur un modèle unique en son genre puisqu’elle n’est aucunement responsable de la croissance, du chômage et de la balance commerciale. Elle est la seule banque à se donner pour seule mission le contrôle des prix puisque la FED se voit aussi chargée de gérer la politique de l’emploi. La Banque Centrale de Chine a quant à elle les 4 missions (emploi, stabilité des prix, commerce extérieur).

Face à la situation de l’emploi et de la croissance européenne, on comprend mieux pourquoi elle essuie d’aussi vives critiques. Les économies nationales sont européanisées mais aucun moyen véritable de coordination et d’intervention européen n’est dégagé.

La boîte à outil de la BCE

La BCE dispose de trois outils pour piloter la politique monétaire communautaire, que l’on réduit souvent au « taux directeur » par souci de simplification, mais en réalité il y a 3 taux directeurs.

–       le taux de refinancement, taux auquel elle accepte de fournir des liquidités aux banques de second rang qui en ont besoin. C’est à vrai dire le taux principal, conventionnellement c’est ce que tout le monde entend par taux directeur. C’est ce taux qui a été maintenu à 0,5% en octobre par la BCE puis diminué début novembre 2013 à 0,25%. Il est sous entendu que chaque banque de second rang répercute ce prix auquel elle a obtenu l’argent auprès la BCE dans les divers services qu’elles proposent.

–       le taux de rémunération des dépôts. Chaque banque est tenue de déposer une quantité de monnaie dite banque centrale à la BCE. Cette dernière choisi de soumettre ces placements à un taux à sa discrétion. Actuellement, ces placements ne sont plus rémunérés (taux d’intérêt à 0%)

–       le taux du prêt marginal ou encore le taux d’escompte qui est actuellement à 0,75% et occupe une position marginale comme son nom l’indique.

On voit donc que par la conditionnalité de l’octroi de liquidités (via le taux d’intérêt), de prêt (LTRO), la Banque centrale détient toute la politique monétaire.

La politique de la BCE : l’inflation avant tout

Le canal du taux d’intérêt

Avant de voir un aspect pratique de la politique à travers l’exemple récent de la baisse du taux directeur, il est essentiel de comprendre certains mécanismes économiques.

Les banques et les marchés financiers occupent une place prépondérante dans notre système. Dans le capitalisme, c’est l’investissement qui porte l’activité. Le crédit occupe donc une place centrale car c’est lui qui précède l’activité économique et rend possible l’entreprise. Lorsqu’un agent privé ou public contracte un prêt, il  se voit crédité d’une certaine somme d’argent qu’il s’engage à rembourser à l’établissement prêteur selon les modalités prévues par le contrat, c’est-à-dire selon un échéancier convenu et à un prix (le taux d’intérêt) convenu. Les banques en réalisant un prêt « créent de la richesse à partir de rien », dans le sens où l’argent crédité sur le compte ne sort de nulle part : c’est un avoir chiffré mentionné sur un compte. Mais cet argent virtuel, la banque s’engage à pouvoir le garantir si jamais le souscripteur au prêt désire en détenir une partie sous forme liquide (c’est à dire immédiatement utilisable pour réaliser un échange). Les Banques commerciales ou de second rang sont donc obligées de détenir une contrepartie (dans une proportion établie) réels de ces prêts, afin de pouvoir répondre aux besoins de ses clients.

Or, il se trouve que la BCE est au sommet de la hiérarchie des banques, c’est donc elle qui émet la monnaie, l’Euro dans l’Union Monétaire, et fournit les liquidités aux banques moyennant le paiement d’un taux d’intérêt. Les banques commerciales se trouvent donc obligées de répercuter le prix auquel auxquels elles ont pu acquérir les liquidités dans les services qu’elles proposent, via le taux d’intérêt des prêts.

La relation entre quantité de monnaie en circulation et niveau de prix

La masse monétaire augmente lorsque que le montant des crédits (monnaie créée) est supérieur au montant des remboursements (monnaie détruite). Une relation économique mise en évidence il y a  longtemps montre que la quantité de monnaie en circulation et le niveau général des prix sont étroitement corrélés.

Ainsi plus il y a de monnaie en circulation, plus la monnaie va perdre de sa valeur. Toute chose égale par ailleurs, une même quantité de monnaie détenue aura moins de pouvoir d’achat : c’est l’inflation.  Pour dire autrement, les prix augmentent.

A l’inverse, il y a déflation lorsque les prix diminuent : il faut moins de monnaie pour se procurer la même quantité de biens. La déflation est à proscrire car elle entraîne un cercle infernal de la récession (baisse des prix, baisse du chiffre d’affaire, baisse des salaires, de la demande, de l’emploi, de l’offre).

La politique du taux d’intérêt : contrôler les prix…et être crédible.

On voit donc comment la Banque Centrale peut exercer la mission de contrôle des prix qui lui est assignée par la modification du taux d’intérêt : en augmentant son taux directeur, elle va enchérir le coût du crédit et donc décourager la création monétaire (via le crédit) et donc limiter la surchauffe de l’économie ; les prix vont arrêter d’augmenter. À l’inverse en diminuant son taux directeur, elle va diminuer le coût du crédit (à condition que les banques de second rang répercutent cette baisse en rognant leurs marges ; cela n’est pas toujours le cas du fait de certaines rigidités) et donc encourager à la création monétaire. Dès lors l’économie va plus tourner et les prix vont augmenter.

Par ailleurs le taux d’intérêt correspond aussi au taux de rémunération du capital. Dès lors une baisse du taux directeur a pour effet de faire « fuir » les capitaux (qui sont moins bien rémunérés). Dès lors, la monnaie domestique est moins demandée par les investisseurs étrangers. Son prix diminue relativement aux autres devises. Le taux de change de ce fait diminue en faveur de la monnaie domestique.

Enfin, la BCE a un dernier instrument concernant sa politique : la crédibilité, l’adéquation entre ses déclarations, ses annonces et ses pratiques. Les relations entre créditeur et débiteur sont fondées  en effet sur la confiance (transaction basé sur une promesse : celle du remboursement).

Les effets moyens de l’abaissement du taux directeur

La baisse récente du taux directeur de 0,5% à 0,25%  est historique. Cette décision fait suite à une baisse sensible de l’inflation qui, en septembre était de 1,1% puis en octobre de 0,7%. C’est donc la crainte lointaine de voir l’économie européenne tomber situation de déflation qui a conduit la BCE à diminuer son taux directeur. Le prix du crédit n’a jamais été aussi bas et la BCE a suivi ses engagements de l’été : elle avait annoncé un « biais baisser » de son taux d’intérêt et s’y est tenu, sa crédibilité, qualité centrale concernant des activités bancaires basées sur la confiance (la promesse d’un remboursement) est donc sauve.

Cette nouvelle a très bien été accueillie par les marchés et les gouvernements qui y ont vu un soutien à l’activité économique en berne ces derniers temps et l’euro a perdu 1,20% après cette annonce.

Une indépendance relative

La BCE se veut totalement indépendante des gouvernements des États membres qui se sont « liés les mains » dans un souci d’efficacité. Or suite à la crise de 2008, la BCE a accepté d’effectuer des recapitalisations de passifs (dettes) de certaines banques ainsi que l’achat d’actifs douteux (produits dérivés).

Une parole plus qu’un acte

La BCE est obligée d’adopter un double langage, notamment auprès des marchés financiers qui occupent une place prépondérante dans l’économie depuis les années 1980, en tant que régulateurs de l’économie. Ainsi Par ses actions ou ses déclarations, la BCE doit veiller à ne pas déclencher de panique. Par exemple, annoncer une baisse du taux d’intérêt peut montrer la bonne volonté de relancer l’économie et plaire aux marchés ; mais cela peut aussi être interprété comme le fait que la crise économique n’est pas encore résorbée ; et de fait affoler les marchés. Cela débouche sur un paradoxe majeur : augmenter les taux d’intérêt en espérant par cet effet d’annonce peut rassurer les marchés ; mais une telle annonce peut briser la faible reprise économique qui s’amorçait.

Des excès de liquidités

La BCE a diminué son taux directeur de 0,5% à 0,25%, mais il faut avoir à l’esprit qu’en réalité, les Banques ont accumulé tellement de monnaie Banque centrale qu’elles s’échangent leur surplus à un taux qui est proche de 0. Une telle baisse du taux d’intérêt n’a donc pas réellement d’effet sur l’économie.

Un crédit en chute

Le crédit aux entreprises a continué à chuter en Europe (-3,8% au mois d’août en France). D’un côté,  la situation est encore fragile, les banques ne veulent pas prendre le risque de financer des petites entreprises dont elles doutent de la solvabilité (quand les entreprises les plus puissantes s’autofinancent quasiment à 100%). De l’autre, le contexte actuel fait que les entreprises n’ont pas de velléités d’investissement.

Un taux d’intérêt aux effets incertains

Autant renchérir le crédit est efficace lorsque l’économie surchauffe, autant l’inverse est moins vrai. C’est vérifiable aujourd’hui ; les taux sont historiquement bas, les liquidités abondantes ; rien ne peut se substituer à la volonté des entreprises ou des individus de s’endetter. D’autre part, le risque est grand pour que les anticipations des agents soient haussières : les taux d’intérêt sont tellement bas que les individus ne peuvent qu’anticiper une hausse à venir des taux d’intérêt et donc ne pas vouloir s’exposer à un tel risque.

Du symbolique, encore.

On peut douter des effets d’une telle politique expansionniste. Tout d’abord baisser le taux directeur d’un quart de point est plutôt de l’ordre du symbolique et n’a que très peu d’effet sur l’économie réelle. Au bout du compte, la masse monétaire européenne décroit aujourd’hui alors que la monnaie de la BCE a été multipliée par 300%. L’impact d’une telle politique est donc faible  et la Banque Centrale va donc plutôt essayer de jouer sur la confiance via ses déclarations (faire croire à une reprise en augmentant par exemple ses taux d’intérêt par la suite). En revanche, ses interventions ont des conséquences sur les marchés financiers, selon les interprétations.

La reprises économique (engagée depuis plusieurs mois outre atlantique) se propage donc en Europe ? On peut s’attendre à ce que la BCE ré-hausse le taux directeur d’ici quelques mois. Il ne faudrait pas qu’un tel événement brise la faible sursaut économique ; ni que les marchés financiers « s’emballent » sur un type de titre et créent une nouvelle bulle qui aurait de graves conséquences.

crédit photo : Saskia Wilson
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Quel bonnet êtes-vous?

par Eva

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Lundi 25 novembre: atteinte d’un énième rhume, du selon mon aimable mamie à mon goût immodéré pour les jupes courtes suivez-moi-jeune-homme, je me rends emmitouflée tel un oignon doux des Cévennes chez ma pharmacienne chercher mes potions de guérison. L’accueil est digne d’une punchline d’humoriste de bas étage: “Tiens, votre bonnet à vous n’est pas rouge ?”. S’ensuivent alors un petit ricanement d’auto-satisfaction de la commerçante face à un tel trait de génie puis une diatribe féroce contre “ces voyous alcooliques qui cassent tout pour le plaisir de détruire blablabla”.

Nonobstant, ces postillons haineux que j’ai courageusement fui sans demander mon reste, me font méditer sur la symbolique du bonnet, objet traditionnellement neutre, innocent même, et pourtant actuellement instrumentalisé par divers mouvements de protestation.

Avoir froid aux oreilles serait-il une revendication de droite ? Le bonnet rouge deviendrait-il l’emblème du chaos ? La laine exprimerait-elle un potentiel révolutionnaire ? Plus grave encore, que porteront les mécontents pour la saison printemps-été 2014 ?

Toutes ces questions et aucune réponse car hélas!, l’inestimable Roland Barthes a omis d’inclure un chapitre “Bonnet mode d’emploi” dans son fabuleux Mythologies.

Qu’à cela ne tienne, affalez-vous dans votre fauteuil et faites infuser un petit thé vert; sans plus attendre, découvrez votre identité bonnetière !

Vous êtes un bonnet rouge si:

– la simple mention du terme “écotaxe” vous fait pousser des furoncles violets sous les aisselles

– vous aimez profondément votre gros camion et vous ne voulez pas que le gouvernement lui fasse du mal

– vous estimez que Nantes, c’est pas breton, et que Jean-Marc A. est un traître qu’il faudrait noyer dans du cidre brut.

– vous avez la nostalgie des affrontements à coups de fourche; d’ailleurs vous avez regardé dix-huit fois Jacquou le Croquant, votre film préféré

– votre sponsor officiel s’appelle Armorlux

– vous vous fichez quelque peu de la taxe poids lourds; d’ailleurs vous n’êtes même pas breton(ne). En revanche vous êtes possédé(e) par la folle envie de faire des méchouis de radars partout dans le pays.

– vous êtes un(e) inconditionnel(le) du commandant Cousteau

Si vous arborez un bonnet vert:

– vous prenez le tramway sans ticket pour pouvoir vous payer quotidiennement votre dose vitale de café et ainsi supporter la violence du réel.

– la CAF, les APL, la pension alimentaire versée par votre paternel et votre livret A servent à renouveler votre abonnement de bus.

– vous pensez très sérieusement à investir dans une bicyclette pour effectuer le trajet Montpellier-Paris quand l’envie vous prend d’aller festoyer avec vos poteaux. Après tout il ne fait pas encore trop froid et ça vous fera le mollet galbé.

– vous trouvez que la SNCF ne se mouche pas du coude sur les prix des billets. Surtout que le pipi-room de l’inter-cités laisse fortement à désirer. (Tous les quidam de France et de Navarre ont eu un jour cette pensée. Il y a donc potentiellement 66 millions de bonnets verts.)

Vous êtes un bonnet rose:

– vous vous appelez Marie-Thérèse et chaque 21 janvier vous vous rendez avec votre époux Jean-Eudes verser votre larmichette sur la tombe de Louis XVI

– vous soupçonnez l’instituteur de votre petit Hubert-Philippe d’être un bolchévique

– quand vous entendez les acronymes PMA ou GPA, vous êtes pris(e) de sueurs froides, vous apercevez un tunnel avec au bout une grande lumière, vous vous évanouissez et Jean-Eudes doit alors appeler un exorciste.

– vous possédez un portrait dédicacé de Christine B. que vous avez solennellement installé sur un autel, avec petites bougies toussa toussa

– vous êtes convaincu(e) que Christiane T. s’est échappé du Jardin d’Acclimatation en 1877 et que sa longévité est due à l’absorption massive de bananes radioactives et d’obscurs rituels vaudous.

Vous portez un bonnet orange:

– vous n’avez aucun goût. Voilà voilà.

– le cheval est le meilleur ami de l’homme. D’ailleurs vous en venez parfois à vous demander s’il n’est pas meilleur que l’homme tout court.

– vous êtes saisi(e) de crises de rage incontrôlables lorsque l’on ose médire sur Steve Guerdat ou Rolf-Göran Bengtsson

– avec la TVA équestre relevée à 20%, vous vous tâtez à aller voler fourbement les bottes de foin au salon de l’Agriculture pour pouvoir nourrir votre écurie.

Si vous vous coiffez d’un bonnet jaune:

– hum vous aussi vous n’avez aucun goût.

– en tant que petit professionnel de l’assurance, vous aimeriez sauver votre emploi; en tant que travailleur(se), vous aimeriez vivre en harmonie avec votre compte en banque en choisissant une complémentaire santé adaptée à vos moyens

– votre ulcère à l’estomac se réveille quand vous vous demandez avec angoisse comment vous allez réussir à payer l’appareil dentaire du petit dernier, le traitement pour l’acné de votre ado et l’opération de la hanche de votre belle-mère

– vous êtes prêt(e) à vous faire hara-kiri devant la ministre de la Santé pour sauver la Sécu

– vous vous êtes arraché(e) votre dent cariée tout(e) seul(e)

Vous avez opté pour le bonnet blanc:

– vous vous réveillez toujours en catastrophe les mercredis matins, après avoir passé une nuit cauchemardesque, car vous oubliez toujours si Jean-Kévin a école ou cours de poterie.

– vous consacrez la moitié de votre salaire au baby-sitting et/ou au centre aéré à cause de ces foutues réformes de rythme scolaire et cela commence à vous agacer légèrement.

– votre divertissement favori consiste à faire des rimes douteuses en “on” sur Vincent P.

– vous êtes déchiré par un cruel dilemme chaque samedi matin: vous extirper de votre couette pour amener votre petite Josette à l’école, ou demeurer béatement dans une relation fusionnelle avec votre oreiller et faire de votre enfant une sauvageonne inculte

Vous avez fait le choix du bonnet bleu:

– vous tolérez qu’on vous qualifie de poulet mais certainement pas de pigeon

– vous travaillez à Marseille

– vous ne comprenez pas pourquoi après vous être démis(e) 4 fois l’épaule et essuyé(e) autant de fusillades, votre salaire n’augmente toujours pas

Vous vous êtes décidés pour le bonnet noir:

– vous êtes cet être légendaire, champêtre et bucolique, défiant Apollon au pipeau et se désaltérant avec la rosée du matin tout en louchant discrètement sur des nymphes. Bref, un berger quoi.

– vous avez peur du Grand Méchant Loup

– vêtu(e) de votre jolie cape rouge, vous apportez gaiement chaque semaine une galette et un petit pot de beurre à votre mère-grand

– vous habitez dans le Gévaudan

– vous êtes plutôt partisan(e) du “un bon ours est un ours mort”

– rien à voir avec la Convention de protection des loups des Hautes-Alpes, ledit bonnet était juste en promo chez Auchan

Votre aimable figure est recouverte d’un passe-montagne:

– vous ignorez jusqu’à l’existence même du mot “sensualité”

– vous êtes un terroriste tchétchène.

– vous avez 11 ans et votre mère ne vous a pas laissé le choix. Pire, elle vous a même accompagné jusqu’au portail du collège pour s’assurer que vous garderez votre cagoule jusqu’au bout. Les yeux brillants de méchanceté gratuite des cagoles de 3e qui vous aperçoivent suggèrent que le trimestre ne va pas être de tout repos, et que vos chances de sortir avec Vanessa sont désormais proches du Néant. Courage.

Vous êtes un sans-bonnet si:

– vous avez confondu ledit bonnet avec un sac à vomi à l’apéro de Bernard et Lulu samedi dernier.

– vous vivez à Cancun

– votre tête dénudée est l’expression de votre apolitisme.

– vous êtes convaincu que l’Hécotax est un médicament diurétique

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Yes we Spock

par Jeanne B

Ou comment la Science Fiction peut faire de nous des hommes meilleurs

Petites étoiles sur fond noir. Une, deux notes de musique. Une voix s’élève: celle de Monsieur Gene Roddenberry, créateur de la plus grande série de sciences fictions de tout les temps (si si). Le son a un peu souffert depuis les années 60: ça crache, ça grésille, on pense vaguement à l’appel du Général de Gaulle. Mais un vaisseau en carton-pâte traverse l’écran de part en part, sur grand lever de trompette. Quelque part dans le monde, une génération d’américains se lève, met la main sur le coeur. Non, ce n’est pas une version rétro/sf de la bannière étoilée. Non, ce n’est même pas un hommage douteux à Armstrong (pas le musicien, pas le dopé, le troisième – voilà, l’astronaute). Les mots tombent: « Space, the final frontier. These are the voyagers of the starship Enterprise. Its five-year mission? To explore strange new worlds. To seek out new lives and new civilizations. To boldly go where no man has gone before. » En bleu apparaissent les mots sublimes: Star Trek.

Non, ne soyez pas si dubitatifs. Oui, j’aime Star Trek. Je ne porte pas de lunettes à triple foyer, je n’ai aucun problème d’acné, mes cheveux abordent une hygiène remarquable, je serais bien incapable de remonter un ordinateur les yeux fermés – sortez vous tout de suite cette idée de la tête. J’aime la SF des années 60, et je suis fermement décidée à vous en parler. Non, cet article ne sera pas une (vaine) tentative de défendre des effets spéciaux plus que douteux. Je n’argumenterai pas en faveur de l’oeuvre d’une costumière fantasque pour qui, manifestement, un collant (très, très, très) ajusté est le comble du chic et de la virilité. Je n’évoquerai même pas un art de la mise en scène des combats qui tient bien plus du Lac des Cygnes que du ring de boxe. Parce que l’âme de Star Trek, que dis-je! le coeur de Star Trek ne réside en aucun de ces éléments. William Shatner (& sa plastique de rêve) balançant son poing vers (non, pas « dans », le fait est qu’il ne l’atteint même pas) un pseudo-alien-dinosaure-verdâtre (aussi appelé Gorn) n’a pas bâti tout seul cette franchise monumentale. Quelques chiffres: Star Trek, ce sont 6 séries télévisées pour un total de 726 épisodes en 30 saisons depuis la première saison de la première série le 8 septembre 1966, 12 longs métrages (bientôt 13, à ce trop lointain horizon qu’est l’année 2016), un nombre incalculable de romans & comics, une dizaine de jeux vidéos, une montagne de fanfictions. Non, même la cuisse galbée de Monsieur Shatner n’aurait pas suffit pour engendrer ces infinies déclinaisons. La vérité est ailleurs. Et je vous la révèlerai au fil d’une série d’articles qui oui, ont une raison d’être, même pour nous, petits français du XXIe siècle.

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« hé venez les gars, on va enrouler un chien dans un tapis, lui coller une corne en plastoc et deux morceaux de cable sur la tête, et on dira que c’est un alien! »
Oui, je vous assure, la vérité est ailleurs. 
C’est juste qu’en voyant ça on le devine pas tout de suite.

Let’s talk about Trek babyyy, let’s talk about you and meeee

Pourquoi parler de Star Trek? Parce que Star Trek a du sens. Oui, tout à fait. Contrairement à la majorité de nos séries actuelles (que je regarde pourtant allègrement en mangeant des gaufres durant les longues soirées d’hiver), Star Trek avait dès son invention par Sieur Gene Roddenberry une raison d’être, un message à transmettre. Non, je suis désolée, mais je ne reconnais pas de grande portée sociologique aux Feux de l’Amour. Star Trek n’est pas seulement un divertissement (malgré son armada de vaisseaux spatiaux, sa moyenne de cinquante morts par épisode, l’adoption d’une structure en suite de mini-enquêtes de l’espace), c’est avant tout une philosophie. Non, je ne suis pas en train de vous demander d’acheter un phaseur, de vous épiler les sourcils et de vous faire une coupe au bol – les trekkies/trekkers (fans de Star Trek pour les ignares) ne composent pas une secte à proprement parler, même si à certaines époques on a légitimement pu se poser quelques questions.

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Coupe au bol + Oreilles pointues + Sourcils rectilignes = mauvaise idée.
Sauf si vous êtes Zachary Quinto et que vous jouez le rôle de Spock dans la version de 2009-2013.
Et encore, on a vu plus seyant.

Regarder Star Trek n’est pas un mode de vie. Mais regarder Star Trek vous communique des messages de tolérance, des messages d’égalité, qui ne peuvent qu’influer sur votre vie de tous les jours. Saint Gene Roddenberry (ce qui m’embête dans cette histoire d’article, c’est qu’à un moment je vais commencer à manquer de titres pour désigner cet homme) a imaginé tout un univers avec comme ligne directrice la peinture des problèmes sociaux des années soixante au travers du comportement « primitif » d’espèces aliens, tour à tour rencontrés par des ressortissants d’une espèce humaine utopique ayant déjà résolu ces problèmes. Dans son article « Star Trek: A Phenomenon and Social Statement on the 1960s », J. William Snyder Jr indique que « Bien sûr, les épisodes ne présentent pas tous une portée sociale, mais, au travers de la série, les personnages, les thèmes, les motifs, et bien sûr quelques épisodes précis sont des analyses du sexisme et du féminisme, du racisme et de comment améliorer les relations entre les hommes, mais aussi le militarisme et la paix, autant de problématiques sociales majeures de la fin des années soixante et, quoique à un différent degrés, des problématiques sociales d’aujourd’hui ». L’angle d’attaque peut paraître surprenant au premier abord: un western de l’espace, une débauche d’imagination, un univers totalement imaginaire. Mais après tout, la liberté qu’offre la Science Fiction n’est-elle pas le meilleur champ pour les utopies, et au travers des utopies une analyse de notre propre monde? Je vous renvoie au Meilleur des Mondes de ce très cher Aldous Huxley dès 1931, pour une perspective un peu plus scolaire. Star Trek suit une ligne directrice analogue à ce bon vieux système utopie/dystopie. L’un de ses scénaristes, David Gerrold, ne disait-il pas “Ces histoires traitent de l’attitude de l’homme du vingtième siècle dans le futur. Ces histoires traitent de nous-mêmes.” ?

Star Trek, en bref, c’est un peu comme une pub Benetton, mais en mieux

C’est bien gentil bien mignon tout ça, vouloir analyser la portée sociologique d’une série de science fiction, mais pour les non-initiés il faut dire que la franchise est quand même monumentale. Un topo de base est donc nécessaire, afin de vous donner les clefs de l’analyse. Déjà, à titre informatif, je parlerai principalement de la série originale et de ses extensions directes. Grosso modo, cela veut dire « Star Trek: The Original Series » (TOS pour les intimes) et ses trois saisons, « Star Trek: The Animated Series » (ou comment contourner habilement la faiblesse des effets spéciaux de l’époque par le biais du dessin animé) et ses deux saisons, et les six premiers films, de 1979 à 1991. Pourquoi? Parce que tous regroupent l’équipage original, qui est de loin le plus intéressant et le plus emblématique. Star Trek dans son jus, concrètement. Et pour être tout à fait honnête c’est à peu près là où j’en suis moi-même dans la découverte de la franchise. Ces épisodes racontent les aventures de l’équipage du vaisseau spatial Enterprise NCC-1701 et de son capitaine James T. Kirk au XXIIIe siècle, à partir d’une mission quinquennale de découverte de la galaxie toute entière à des fins d’observation. Bien entendu, rien ne se passe jamais comme prévu, et la mission « d’observation » vire dans à peu près chaque épisode à la pure catastrophe, sinon ça serait pas drôle.

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L’équipage de base, qui, il faut l’avouer, en jette.

La composition de l’équipage en elle-même a quelque chose de profondément novateur, et même si nous y reviendrons plus en détail dans les articles suivants, elle mérite d’être mentionnée dans le topo de base. Tout d’abord, à votre gauche & tout de rouge vêtu, Montgomery Scott « Scotty », interprété par James Doohan, ingénieur en chef, écossais. A ses côtés, en jaune (moche), Pavel Chekov interprété par Walter Koenig, enseigne chargé de la navigation, russe (avec un accent à couper au couteau). Un peu devant, en bleu, Leonard « Bones » McCoy interprété par DeForest Kelly, médecin bougon d’origine américaine. A ses côtés Janice Rand, atout charme, interprétée par Grace Lee Whitney, secrétaire et un peu bonne à tout faire, également américaine. Tout devant, dans le fauteuil, James T. Kirk sous les traits de William Shatner, capitaine, américain également. Nous trouvons également Nyota Uhura, interprétée par Nichelle Nichols, lieutenant chargé des communications, originaire des « Etats-Unis d’Afrique ». Ensuite Spock, aka le légendaire Leonard Nimoy, seul membre alien de l’équipage puisqu’il est mi-vulcain mi-humain, à la fois attaché scientifique et commandant en second. Et enfin Hikaru Sulu, incarné par George Takei, pilote, qui s’il est américain ne peut cacher de très certaines origines asiatiques. Voilà. Et là, quelque chose devrait vous surprendre. Si la série se tient au XXIIIe siècle, elle a été produite dans les années 60. Et pourtant, Chekov est russe, dans un contexte de Guerre Froide (1947-1991, je vous le rappelle). Nyota Uhura est non seulement une sublime femme, mais elle est aussi lieutenant à une époque où les noirs et les blancs ne pouvaient même pas s’assoir à côté dans un même bus. Ne parlons même pas de Hikaru Sulu, qui s’il est logiquement d’origine japonaise ne voit jamais son ascendance totalement clarifiée – je vous rappelle que nous sommes d’une part en pleine guerre du Viêt-Nam (1954-1975) mais aussi au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, où ce n’était pas vraiment la joie entre américains et japonais. Et pourtant ils font tous partie du même équipage, tiennent des rôles titres. Dès sa composition, l’équipage de Star Trek s’annonce clairement comme chargé d’une portée sociale, de revendications utopiques d’équilibre, d’égalité. Autant d’éléments qui font de cette série bien plus qu’un divertissement, mais une suite de revendications.

C’est bon? Décidés à virer geek le temps de quelques articles? A faire abstraction des graphismes, des costumes, de la mise en scène, pour s’attacher au message? Je vous retrouverai donc pour une série d’articles traitant du dernier thème où mes camarades apprentis-muséologues s’attendaient à me retrouver: Space, the final frontier.

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Le mot de la fin à DC Fontana, autre scénariste de la série, à propos de la volonté de Gene Roddenberry. 
Ou comment cet homme a choisi de simplement dire « Fuck off ! » à la mentalité de son époque. Pourquoi?
Pour fonder l’une des séries les plus emblématiques de l’histoire américaine.

sources :

 

 

 

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Blancs Bonnets et Bonnets Rouges

 par NathR 

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Les manifestations contre l’écotaxe de ces dernières semaines ont remis au coeur de l’actualité la révolte des « Bonnets Rouges » de 1675, ledit bonnet étant revêtu par les manifestants en référence à un épisode historique de protestation bretonne contre un pouvoir central et sa fiscalité honnie. L’occasion pour nous de se pencher sur cet épisode particulier.

On ne peut pas évoquer la révolte paysanne des Bonnets Rouges sans auparavant évoquer son pendant urbain, la révolte du Papier Timbré. En effet, le mouvement paysan qui se développe en Bretagne succède à un mouvement de révolte urbain auquel il est inextricablement lié : il serait donc hasardeux de l’évoquer de manière isolée.

Qu’est-ce donc que la révolte du Papier Timbré ? Cette révolte intervient suite à une pression fiscale accrue du pouvoir royal qui augmente ou crée une série d’impôts afin de financer sa guerre contre les Provinces Unies. Parmi ces mesures, on trouve des impôts sur l’étain et le papier timbré (nécessaire pour les actions en justices), ainsi que sur le vin ou encore un monopole d’Etat sur le tabac faisant augmenter les prix. Ces mesures sont très impopulaires et touchent une large partie de la population, notamment urbaine : artisans, taverniers, hommes de justice, marchands et compagnons (1).

A cette pression fiscale et au mécontentement qu’elle provoque, s’ajoute le renforcement du pouvoir royal, dans le contexte du règne de Louis XIV et de l’instauration de la monarchie absolue, qui provoque une certaine opposition des élites locales, notamment de certains parlementaires qui n’apprécient pas de voir les pouvoirs du Parlement réduits par l’administration royale.

C’est dans ce contexte qu’éclatent, d’abord à Bordeaux puis ensuite en Bretagne (Rennes, Saint-Malo, Nantes) une série de révoltes dites du Papier Timbré. Ces révoltes ont un caractère clairement antifiscal et dans un premier temps se produisent avec la participation (ou du moins une certaine passivité) de certains parlementaires (2) qui y voient un moyen de s’opposer au pouvoir royal, d’autant plus que les classes dirigeantes ont également pu se sentir attaquées par certaines mesures comme la réforme du domaine royale de 1673 qui remet en cause en partie la propriété de la terre (3). Néanmoins, ces révoltes urbaines finissent par dépasser les parlementaires et le cadre de l’opposition Parlement-Monarchie ainsi que le cadre urbain.

En effet, les protestations gagnent les campagnes bretonnes, notamment la Cornouaille : c’est la révolte dite des « Bonnets Rouges » en raison du bonnet de couleur arboré par certains révoltés (notons qu’en pays Bigouden, on arborait plutôt des bonnets bleus). D’une révolte antifiscale initialement tournée contre le pouvoir royal, on passe alors à une révolte plus large dotée d’un fort caractère antiseigneurial beaucoup plus virulente, avec des pillages, des brimades personnelles (sans mise à mort) des seigneurs et agents du fisc (fermiers, sergents, notaires, avocats, etc.) molestés (4). Révolte antifiscale et révolte antiseigneuriale sont alors très liées dans l’esprit des paysans révoltés : ils se dressent « d’un même mouvement contre la rente centralisée perçue par l’Etat et contre toutes les formes domaniales, seigneuriales et ecclésiastiques de la rente prélevée par l’aristocratie foncière. » (5) Pour James B. Collins, cela découle d’ailleurs d’un ressentiment larvé vis-à-vis de l’autorité qui s’exprime dans un processus beaucoup plus ample : « La différence entre émotion ordinaire et effondrement de l’ordre civil est floue. Les historiens ont généralement concentré leur attention sur les grandes révoltes telles que celles du Papier Timbré et des Bonnets Rouges de 1675, dans leurs analyses de l’ordre dans la France moderne, et pourtant, les difficultés continuelles inhérentes au maintien de l’ordre civil stable constituent une préoccupation beaucoup plus sérieuse pour les autorités de l’époque. »(6)

La localisation de la révolte en Bretagne plutôt que dans une autre région du royaume s’explique davantage par le contexte économique : la Bretagne traverse une période de stagnation économique avec un déclin de l’agriculture qui provoque en partie un déclin du commerce intérieur ainsi qu’extérieur : cette situation de crise ou de déclin économique rend donc plus sensibles les populations bretonnes à l’augmentation de la pression fiscale, en particulier en Cornouailles dont l’économie s’effondre après 1660.(7)

Les « codes paysans » qui découlèrent de la révolte des Bonnets Rouges ne représentaient d’ailleurs pas le programme maximal des révoltés mais constituaient au contraire des compromis, rédigés par des paysans aisés et plus modérés (cf. les revendications sur le papier timbré : seuls étaient concernés les paysans ayant souvent recours à la justice8), qui « suspendait la rébellion le temps de la moisson et dans l’attente de la réunion des états »(9).

Ce caractère antiseigneurial explique que si, dans un premier temps, des parlementaires et autres membres des élites locales, avaient pu soutenir les révoltés voire participer aux mouvements, très vites ils s’en détachèrent, facilitant, on peut le supposer, la répression par le pouvoir royal. Ce dernier ne s’y trompa guère : il punit l’attitude ambigüe des élites qui s’étaient dressées contre lui en exilant le Parlement à Vannes. Cependant la répression des paysans révoltés fut plus sévère (sans qu’il soit possible de définir le nombre de victimes) : il convenait de traiter différemment ceux qui « appartenant à l’appareil de l’Etat, rechignaient et poussaient à la désobéissance, et ceux qui se dressaient contre l’ordre social établi. »(10)

  • 1 Yvon GARLAN et Claude NIERES : Les Révoltes bretonnes. Editions Privat, Toulouse, 2004, p. 143. 
  • 2 Ibid., p. 53. 
  • 3 James B. COLLINS : La Bretagne dans l’Etat royal. Presse Universitaire de Rennes, Rennes, 2006, p. 285. 
  • 4 Yvon GARLAN et Claude NIERES : Les Révoltes bretonnes, p. 84. 
  • 5 Ibid., pp. 144-145. 
  • 6 James B. COLLINS : La Bretagne dans l’Etat royal, p. 274. 
  • 7 Ibid., p. 284. 
  • 8 Ibid., p. 292. 
  • 9 Yvon GARLAN et Claude NIERES : Les Révoltes bretonnes, p. 146. 
  • 10 Ibid., p. 145. 

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Disney à l’âge de Raison #3

par Irwin Lannelongue

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Mesdames, messieurs.

J’ai tout d’abord le regret de vous annoncer, que cette rubrique voit son avant dernier numéro paraître aujourd’hui. Vent de tristesse sur la vallée de vos yeux ébahis. “That’s Life” comme disent les anglo-saxons. Voilà pourquoi j’ai décidé de rajouter en plus de cette 3eme partie, une 4e gracieusement développée, sous divers points de vue (à venir la semaine prochaine).

Après ce court message du syndicat, place à l’edito.

Moteur.

Le Walt Disney Studio

Après avoir parlé de nombreuses attractions du Disneyland Resort Paris, et de l’hôtel : Le Santa Fe Beach, nous allons désormais voir, qu’il y a, quelque part, vers l’au delà, un autre parc. Le Walt Disney Studio. Le truc des vrais mecs. Enfin par mecs, j’entends des mecs qui expriment bruyamment leur virilité sur des cascadeurs qui ne goûtent pas à cette méchante brûlure au 17e degré parce qu’ils ont une crème ultra protectrice (de l’indice 200), ou éventuellement sur des gars tatoués et barbiturés qui font de la moto sur du rock de stade ! Car c’est bien la moto !

Mais ce parc a t’il un réel intérêt ? Les files des attractions y sont 17 fois plus importantes, et il n’y a pas la poésie, comme avec Claude François.

Exemple : Tu vas voir Stitch Live! (cf : Lilo & Stitch ou “Ils ont tué Elvis”) Tu attends 20 minutes pour voir un duplex live from mars, avec Stitch qui parle en direct avec un fringant animateur présent dans la salle sans fiches et tout et tout. La classe quoi. On nous fait croire que le duplex est une cabine de vaisseau spatial. Et l’ardent Stitch (certainement représenté derrière par un mec avec des électrodes pour produire les gestes de l’animal), nous fait rire aux larmes. Eh oui ! Il demande une fille du public en mariage, mais à ce que je sais il y a des lois contre ce genre de pratiques. Puis il demande à un enfant où est ce qu’il vit (même lois, presque même pratique). LOUCHE.

Les attractions  “Grand Frisson”

Que dire d’autre ? Si ce n’est qu’il est présenté sur notre plan en danois que les pastilles oranges désignant une attraction “grand frisson” (a.k.a Thrill !!) sont le Truc d’Aerosmith, le Truc de la Tour qui fait peur, et le Truc de Nemo, oui je sais ils ont été hyper inventifs. Ayant fait les 3, j’ai remarqué un point commun récurent. En effet, j’ai appris à mon plus grand dam que Disney n’avait pas à investir dans les décors des Rollercoasters (ou alors un tout petit peu, genre pour un autocollant avec une guitare fluorescente). Oui, toutes ces attractions nous plongent dans la pénombre profonde. Au crépuscule, je t’attendrai. Chose fâcheuse, parce que ce n’est pas forcement plus “impressionnant” mais t’façon, il en faut plus pour m’impressionner.

Qu’a cela ne tienne, j’en prends mon parti, et commenterai all my possible, tout d’abord sur le “Truc de Nemo”. Merveilleux, 90 minutes de file. Guiness World Record. Pour une attraction vomitive, où l’on se trouve secoué dans une carapace de tortue. On peut imaginer par la suite, que la carapace est inconsciemment notre estomac, nous, sommes les éléments ingurgités, démantelés, et déchiquetés avec barbarie, la vie est représenté par un castor, et le chant du cygne est la mort de Socrate.

Mais cela n’est rien comparé au “Truc de la Tour de la Terreur”, plagiat ou plutôt copie pâle du Hurakan Condor de Port Aventura (pour les puristes) qui propose beaucoup plus de sensations, puisque nous nous trouvons à l’extérieur. Encore une fois, le plongeon dans le noir… Mais l’ambiance y est cette fois, plus bon enfant. Un garçon d’ascenseur atteint de tiques et de troubles du comportement, vous demande d’entrer dans la 4e dimension. C’est presque avec une fleur dans la main et le cœur en bandoulière qu’on s’y ramène.

Et enfin, parmi ces attractions se trouve l’inébranlable, l’indétrônable “Truc d’Aerosmith”, dans le noir, pour changer, avec soit disant des baffles “sur-puissantes” qui te passent le même quart de morceau à longueur de journée, dans le même genre que “It’s a Small Small World”, en un peu plus rocknroll. Mais évidemment, connaissant ma chance, je ne pouvais tomber que sur la place où les baffles ne marchaient pas, cette même place située juste derrière un trublion qui a judicieusement pris sa bouteille d’eau, ouverte, pour s’amuser, comme ça pour rien.

Enfin, tout ce que je veux dire, c’est que Disneyland, c’est une question de Mood. Nous ne pouvons pas qualifier, quantifier, ni même crucifier une généralité concernant cette féerie. Chacun la voit comme il le souhaite. C’est peut être ça, la magie de Disney…

Est-ce si simple ? Simple ? S.I.M.P.L.E ?

Remontons quelques décennies en arrière.

Saint Exupéry a disparu au large d’un lieu inconnu (ou est peut être encore vivant.) La guerre rase, la guerre éclate, la guerre éclos. Au milieu de tout ça, le Petit Prince est en tête des charts en Europe.

Quelques années plus tard, le grand et surdoué Orson Rosebud! Welles tombe amoureux de l’oeuvre et projette une collaboration avec l’actuel grand de l’animation : je vous le donne en mille, Walt Disney. Welles a alors terminé storyboard et dialogues, et les deux génies se rencontrent… Il est précisé que Disney est quelque peu froid et distant. Rien de grave… rien de grave. Jusqu’au moment où il s’enquit à quitter la pièce !  Sans donner une raison quelconque. Un homme sensé le rattrape alors et souhaite, comme nous tous, des explications. Waltie lui répond alors, et là c’est quand même étonnant :

“Il n’y a pas de place pour deux génies dans cette pièce.”

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Waltie. Frippon. 

No comment.

Je vous parle d’un temps…

THE END (oui, non car il n’y aura pas de 4ème partie, je t’ai dit ça pour te faire espérer et me nourrir de ta haine).

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Communication Politique et Démocratie. Le principe et les pratiques.

Par Jourdain de Troie

La question de la communication spécifiquement politique polarise de manière exacerbée les ressentiments. Alors même que le métier de communicant politique s’institutionnalise, le démos perd confiance en ses représentants.

À rebours d’une désormais traditionnelle dénonciation du rôle anti-démocratique de la communication politique, à nous de chercher en quoi cette dernière est, au fond, intrinsèquement démocratique. À l’aune du sens commun, du prophétisme décadentiste et de la science sociale, essayons de réintégrer une perspective démocratique à la problématique de l’image en politique.

Communication politique

Épouvantail de l’intention politique

La communication peut être définie en deux mots : message et image. L’acte de communication se traduit par une relation sociale d’énonciation de sens. Un énonciateur transmet une idée à un public-destinataire. La communication dans nos régimes représentatifs s’accompagne du soucis démocratique : tout représentant politique qui utilise des médias pour énoncer un message sait qu’il sera soumis à moyen ou court terme à une élection, qui engagera sa carrière, son programme, son parti. Hollande, Valls, Copé, Le Pen, Sarkozy, Montebourg, NKM, Hidalgo ; mais aussi les maires des plus petites communes de France, les présidents de région, les députés, etc : tous sont à l’évidence en permanence sous cette perfusion d’imminence de l’élection…et cela se voit.

Nul doute que chacun d’entre nous a déjà entendu ou fait ce commentaire : «C’est de la comm’». Cette sanction aposable par tout destinataire de l’acte de communication exprime la conscience de l’impératif de l’image en démocratie représentative. Dire cette phrase, c’est souligner que la transmission du message est brouillée. Au lieu de percevoir l’essence du message (exemple : «Je viens vous parler du made in France»), le destinataire perçoit l’intentionnalité du message («Vous m’avez vu avec ma marinière n’est-ce pas?»). Cela augure du dévoilement des «hommes de l’ombre», les communicants, les «spin doctors», dont la trace est maintenant scrutée par la presse et l’électeur. La question qui est posée par ce phénomène est celle de la sincérité du représentant politique. Par l’analyse du «plan comm», nous voulons savoir si le sujet est plus préoccupé par la visée de son action ou par l’action elle-même. Ce voyeurisme, cette obsession pour les coulisses s’avère féconde pour la presse. Et le grand public de découvrir la part de non-su que cultivent les communicants : voyez ce dernier dossier sur les communicants dans M le magasine du Monde («Les politiques sous influence» le 4 octobre dernier), ou cette série intitulée «Les Hommes de l’Ombre» diffusée sur France 2 en 2012.

Mais cet engouement médiatique se focalise surtout sur la communication politique et ses professionnels lors des scandales politiques. L’agence EuroRSCG a par exemple fait l’objet de véhémentes critiques sur la teneur des conseils qu’elle a donné à DSK et Cahuzac avant qu’ils ne soient rattrapés par leurs travers. Par sa connaissance plus que probable des «faiblesses» de leur clients amenés à exercer de gigantesques responsabilités, et l’explication de son mutisme quant à ces secrets au nom de la défense arraisonnée du client, EuroRSCG n’a pas survécu, et s’appelle maintenant Havas.

De plus, le communicant, par sa figure de proche conseiller du politique, est qualifié par le sens commun de «gourou». Jacques Séguéla et Stéphane Fouks en étant les emblèmes les plus manifestes. Dernièrement, Médiapart a titré un article sur le nouveau conseiller de Jean-Marc Ayrault  le qualifiant de «professionnel du mensonge». Le communicant chef de secte de l’opinion, maître de ses fébriles fidèles, nierait la démocratie. Mais alors, qui de Jérôme Cahuzac ou de son conseiller d’EuroRSCG a regardé l’Assemblée Nationale «les yeux dans les yeux» pour dire qu’il n’avait pas de compte en Suisse?

La communication hypertrophiante

Dans ses Principes du Gouvernement Représentatif (Flammarion, 2012), Bernard Manin présente un idéal-type de l’actualité de notre gouvernement représentatif. Après une période de parlementarisme et une période de monopole des partis, nous nous trouvons depuis les années 1970 dans une «démocratie du public». Ainsi, «[la] forme du gouvernement représentatif se caractérise par l’apparition d’un nouveau protagoniste de la délibération publique et d’un nouveau forum de délibération : l’électorat flottant et informé  et les médias.» Entre l’électorat flottant et les médias d’une part, et les politiques d’autre part, on trouve une communication qui influence les premiers et conseille les seconds. La communication prend une forme hypertrophiante : elle branche ses ramifications partout et prend une forme démesurée.

La communication aurait changé de dimension. Auparavant simple fonction politique, la vague gestion de l’image d’un personnage public, confiée à un vieux militant méritant, est devenue une véritable branche de métier, composée d’experts de l’opinion et du marketing. Comme le dit Olivier Da Lage dans un article publié dans la Revue Internationale et Stratégique, « (…) La communication n’est plus périphérique aux enjeux stratégiques, mais est au centre de ces derniers.» Et cela vaut autant sur la scène nationale que sur la scène internationale (la guerre d’Irak de 2003 en étant l’exemple historique par excellence).

Nouvelle par son ampleur, elle n’en serait pas moins dangereuse. Le Monde consacrait récemment une tribune intitulée «Omniprésents, les «spin doctors» infligent un coût moral à la démocratie»(3). On pouvait y lire un diagnostique franchement pessimiste sur la démocratie du public :

« [La]  désillusion démocratique doit plus encore à la nouvelle économie symbolique instituée par le marketing politique. Est-il sans conséquence que les citoyens soient assimilés à des consommateurs, auxquels s’appliquent des procédés issus de la publicité marchande ? Ces citoyens le sont-ils encore lorsqu’ils sont les “cibles” de tactiques et de calculs cyniques ?»

Ces experts ne sont pas élus, et leur travail consiste à construire ou redresser l’image de leur client coûte que coûte. Le travail se fait donc au mépris de la vérité et de la légitimité politique. On arrive même parfois à de véritables conflits d’intérêts…revendiqués. Dans ce même article du Monde, un sondeur se vante d’avoir conçus des campagnes pour plusieurs candidats aux mêmes élections : «Trois présidentielles pour dix-sept candidats». La communication n’est-elle définitivement pas Raison ? Nous pensons qu’au delà de ces intrications illégitimes, certains points de vue confondent deux choses : les pratiques et les principes. La communication est au contraire des diagnostics précédents, hautement démocratique dans son principe, même si des pratiques l’ont déviée de sa fonction.

Dans la communication politique réside l’idée de démocratie

Si certaines pratiques ont dévoyé l’image de la communication politique elle-même (paradoxalement), elle n’en demeure pas moins fondamentalement démocratique. Dans la relation démocratique élu-électeur, l’électeur a toujours plus de pouvoir in fine. De même, dans la relation de communication émetteur-récepteur, le récepteur a le rôle le plus important. Il participe à l’élaboration du message en deux temps : premièrement parce que l’émetteur du message en façonne le contenu à destination du récepteur, et deuxièmement parce que le récepteur réinterprète le message qui lui est adressé.

La communication est démocratique parce qu’elle ne fait «s’adapter à la demande du démos». Le vrai travail du communicant n’est absolument pas ce qu’on peut appeler du «packaging», de l’enveloppe illusoire d’un homme public-produit. Il s’agit de réaliser une véritable enquête de sciences sociales et d’aller chercher dans la profondeur sociologique le sens à donner à une stratégie. C’est le travail des premiers communicants en France, Jacques Pilhan et Gérard Colé, qui, au service d’un Mitterrand à mille lieux d’incarner un potentiel président de la République, vont entreprendre une gigantesque enquête sur les français et leurs attentes politiques pour la France des années quatre-vingt. Elle est , la communication politique. Le talent est non seulement de bien faire ce travail d’enquête (attentes, mentalités, représentations de la réalité historique sont des variables très subjectives qu’il convient d’analyser avec distance et méthodologie), mais ensuite de bien retraduire les revendications latentes en message réel. Comme Gérard Colé l’aime à dire, on ne devrait pas parler de «communiquant» mais «d’ingénieur en sciences sociales». (voir cette vidéo extraordinairement éclairante au sujet du rôle de l’ingénieur en sciences sociales, notamment devant les cas de la présidence Hollande)

La «droitisation» actuelle d’une partie de l’espace communicationnel français ou la dénonciation de l’ennemi «monde de la finance» (pour prendre des exemples clivants) sont en réalité des positions de communication démocratique. Elles répondent à des attentes de l’électorat. On peut certes penser que ce ne sont pas des idées pertinentes, mais il faut savoir que la démocratie représentative n’a jamais favorisé le vrai, mais le vraisemblable. Comme le dit Bourdieu dans un article sur la Représentation Politique (4), le champ politique n’a rien à faire de la valeur de vérité. La force d’une idée en politique n’est pas sa véracité, mais sa capacité de mobilisation. C’est donc la logique démocratique qui prédomine ici.

La communication politique est par essence démocratique. Nous devons être vigilants à ne pas assimiler les graves erreurs, parfois toujours en cours, de certains professionnels à l’ensemble de la notion de communication.

  • (1)   rapprochement par D. Bougnoux dans Introduction aux Sciences de la Communication, Repères, 2011
  • (2) Da Lage Olivier, « La communication, au coeur de la décision »,
  • Revue internationale et stratégique, 2004/4 N°56, p. 59-62. DOI : 10.3917/ris.056.0059
  • (3)   par Alain Garrigou, le 09.05.2013
  • (4) Bourdieu Pierre. La représentation politique. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 36-37, février/mars 1981. pp. 3-24.
  • Crédit Photo: Paolo Nozolino

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Toit

Par Meissonnier L’oiseau

Vivre quelque part, c’est y développer un quotidien sensitif, un ensemble d’impressions qui se noient peu à peu dans la routine du temps. Retourner à Pékin trois ans après, c’était pour moi l’opportunité de retrouver cet état de découverte, «d’hyperperception » des premières fois. Après tout, de quoi me rappelais-je de cette année passée en Chine ? Je me suis lancée le défi à l’issue incertaine de retourner en haut d’un toit, lieu qui bien que familier, me fascinait toujours.

La vidéo retrace le chemin jusqu’à cet endroit mythique dans ma mémoire, et se révèle finalement comme la métaphore d’un voyage dans le temps, à la recherche de sensations perdues et de souvenirs effacés au sein d’une ville dont j’avais oublié l’étrange ambiance.

Meissonnier L’oiseau

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